6 agosto 2015, Globalizzazione ed Europa

Pourquoi l’armée grecque n’est pas au régime sec

di Kozi Pastakia

La Grèce a longtemps refusé de rogner sur ses dépenses militaires qui restent, aujourd’hui encore, supérieures à la moyenne des autres pays européens.

Ses créanciers et partenaires souhaitent qu’Athènes réalise des coupes dans son budget de défense. Une demande à laquelle le gouvernement d’Alexis Tsipras reste réticent.

Avions militaires, sous-marins, chars et canons. La Grèce tient à son armée. À tel point qu’elle est le pays européen dont les dépenses militaires sont les plus importantes en pourcentage de son produit intérieur brut (PIB). Selon le Stockholm International Peace Research (Sipri), le pays de Platon et de Socrate a consacré 2,2 % de son PIB à des dépenses militaires. Et pour le Sipri, la Grèce devrait conserver sa position de leader européen en atteignant 2,4 % en 2015. À titre de comparaison, le Royaume-Uni devrait avoisiner 2,1 %, pour l’année en cours, quand la France devrait se trouver aux alentours de 1,8 %.

Un record au sein de l’Otan

Parmi les pays de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), seuls les États-Unis sont plus dépensiers pour leur armée. En 2015, leurs dépenses militaires devraient atteindre 3,6 % de leur PIB. Les Américains souhaitent que leurs alliés européens se rapprochent des 2 % qui, selon eux, constituent un niveau suffisant afin d’assurer une défense collective au sein de l’Alliance atlantique. Ils ne sont que cinq à atteindre ce pourcentage : États-Unis, Grèce, Pologne, Royaume-Uni et Estonie.

Zone instable

Les gouvernements successifs grecs ont justifié les dépenses militaires conséquentes par la position géographique qu’occupe le pays. La Grèce constitue un État membre de l’Union européenne dans un bassin instable, situé entre les Balkans et le Proche-Orient.
La Grèce se sent également menacée par la situation à Chypre et surtout par la Turquie. Les derniers incidents graves entre Grèce et Turquie remontent à 1996 lors de la crise des îlots Imia (ou Kardac, en turc).
D’autre part, depuis cinq ans, la Grèce est devenue l’une des principales portes d’entrée des migrants en Europe. Il y en aurait plus de 2 millions actuellement dont la moitié de clandestins. Une sortie prochaine de la Grèce de l’Union européenne pourrait provoquer une instabilité et perturberait le contrôle des frontières.

Supérieur à la moyenne européenne

Les Grecs ont toujours consacré une part importante de leur budget à leur armée – plus que la moyenne européenne (1,7 %) – mais une baisse a pourtant été constatée depuis 2010 et les débuts de la crise. « À partir de cette année-là, il y a eu une vraie prise en compte de la crise économique. Les gouvernements qui ont précédé celui de Tsipras ont pris des mesures concrètes pour baisser le budget de l’armée », explique à La Croix Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

Ainsi, le budget des dépenses militaires grecques est passé de 3,3 % du PIB en 2009 (6 milliards d’euros) à 2,2 % en 2014 (4 milliards). Ses effectifs, quant à eux, sont passés de 213 000 à 106 000 soldats, en 20 ans.

Ce qui pèse le plus dans les dépenses militaires de ce pays de 11 millions d’habitants, c’est le paiement des salaires et des pensions qui représente la moitié du budget. Avant la crise, les frais du personnel ont atteint jusqu’à 70 %, selon le Sipri.

Faute d’industrie nationale, Athènes doit importer massivement. De 2002 à 2006, la Grèce a même été le quatrième importateur mondial en matière de défense. Pendant de nombreuses années, les États-Unis, l’Allemagne et la France ont vendu leurs équipements à la Grèce. En 2010, l’Allemagne a profité à hauteur de 58 % des dépenses militaires du pays avec notamment la vente de sous-marins. En vingt ans, la France, elle, a livré près de quatre milliards d’euros d’armements à la Grèce.

« Les Grecs possèdent un instrument militaire quelque peu disproportionné, estime Jean-Vincent Brisset. Ils ont cinq à six fois plus de chars que la France ».

Corruption

Certains officiels ont profité de ces achats pour arrondir leur fin de mois en empochant des dessous-de-table. Les scandales de corruption autour des acquisitions de matériel lourd ont été légion. En 2013, par exemple, l’ancien ministre de la Défense Akis Tsochadzopoulos a été condamné à 20 ans de prison, après avoir été reconnu coupable d’avoir empoché huit millions d’euros de la part d’un contractant allemand au début des années 2000.

Athènes a longtemps refusé de rogner ses dépenses militaires mais frappée par la crise de la dette, la Grèce est contrainte de geler, ces dernières années, une série de commandes militaires. Fin juin 2015, ses créanciers et partenaires européens réclamaient de la part du pays une coupe de 400 millions d’euros dans ces secteurs alors qu’Alexis Tsipras, lui, ne voulait faire une économie que de 200 millions d’euros.

La nomination de Panos Kammenos, le 27 janvier 2015, pour diriger le ministère de la Défense a été interprétée comme une volonté de statu quo militaire. L’homme de 49 ans, porte un costume militaire lors de ses visites aux divers régiments. Enthousiaste, il a demandé qu’une émission de télévision soit consacrée exclusivement aux forces armées et il a inauguré sa fonction en se rendant, en costume kaki, sur la petite île de Imia. Tout un symbole.

(“Le croix”, 9 luglio 2015)

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